Dans les coulisses de la Solheim Cup avec Gaëtan Lits

Pendant que les meilleures joueuses du monde s’affrontaient sur le parcours de Bernardus, toute une équipe travaillait dans l’ombre pour offrir des conditions de jeu irréprochables. Une semaine exceptionnelle, conclue de la plus belle des manières avec la victoire de l’Europe (15 à 13) ! 🇪🇺🏆

Parmi ces passionnés : Gaëtan Lits, greenkeeper au Golf de Bois d’Arlon, qui a rejoint pour l’occasion une équipe internationale de Greenkeepers.

Réveil avant l’aube, précision au millimètre, longues journées sur le terrain et partage d’expérience avec des professionnels venus du monde entier… Gaëtan nous emmène dans les coulisses de cet événement exceptionnel et nous fait découvrir un métier aussi exigeant qu’essentiel.

Rencontre avec un greenkeeper belge au cœur de la Solheim Cup.

 

que représente pour vous cette participation à la Solheim Cup, en tant que Greenkeeper ?

C’est une expérience assez exceptionnelle. En tant que Greenkeeper, on travaille toute l’année pour préparer des parcours dans les meilleures conditions possibles, et participer à la préparation d’un événement comme la Solheim Cup est quelque chose de vraiment particulier. C’est aussi une belle opportunité de rencontrer des Greenkeepers venus du monde entier et de découvrir d’autres méthodes de travail. Je suis très heureux de pouvoir représenter la Belgique au sein de cette équipe internationale et de vivre cet événement de l’intérieur. C’est également une belle reconnaissance pour notre métier, qui reste encore parfois méconnu du grand public. Pouvoir contribuer à un événement de cette ampleur permet de montrer tout le professionnalisme et le travail qui se cachent derrière la préparation d’un parcours de haut niveau.

Qu’est-ce qui change dans votre travail lorsqu’il s’agit d’un événement de cette ampleur ?

La principale différence, c’est le niveau de précision et d’exigence. Sur un tournoi comme la Solheim Cup, chaque détail compte et rien ne peut être laissé au hasard. Le travail est très organisé et chaque personne dans l’équipe a un rôle précis. Ce qui est également intéressant, c’est que lorsque le tournoi se déroule parfaitement, notre travail reste finalement assez discret.

Quelles sont les principales difficultés lorsqu’on prépare un parcours pour les meilleures joueuses du monde ?

Pour moi, l’une des principales difficultés, lorsqu’on arrive sur un parcours que l’on ne connaît pas, est d’abord de trouver sa place au sein de l’équipe. Il faut rapidement comprendre les exigences de l’équipe du Bernardus, la manière dont elle travaille et surtout le niveau de qualité attendu pour chaque tâche. Il faut également apprendre à se déplacer sur un terrain que l’on ne connaît pas, surtout dans le noir, notamment pour le travail qui se fait très tôt le matin. Il faut connaître les différents secteurs du parcours et ne surtout pas oublier de préparer certaines zones. Mais l’un des points que je trouve les plus difficiles est de rester constant dans la qualité de son travail. Sur une semaine de compétition, il faut être capable de maintenir le même niveau d’exigence chaque jour.

Qu’est-ce que les golfeurs ne voient pas forcément derrière un parcours comme Bernardus ?

Je pense que les golfeurs voient surtout le résultat final : un parcours impeccable, propre et bien entretenu. Mais derrière cela, il y a une énorme organisation et beaucoup de travail. Quand je suis arrivé le premier jour, j’ai vraiment été impressionné par la manière dont le parcours avait été préparé par l’équipe de Greenkeepers du Bernardus. J’ai rarement vu un terrain aussi propre et aussi bien préparé pour un tournoi. L’essentiel de notre travail est donc de maintenir cette qualité très élevée durant toute la semaine de compétition. C’est aussi une bonne occasion de montrer au public que derrière un parcours de cette qualité, il y a des professionnels qui travaillent énormément, souvent dans l’ombre.

Quelle est, selon vous, la partie la plus exigeante de votre métier ?

Au niveau du métier, je dirais que c’est surtout l’anticipation. Un Greenkeeper doit toujours avoir un coup d’avance. Il faut anticiper beaucoup de choses, notamment la météo, la croissance du gazon, les maladies, les besoins en eau, les événements à venir… Nous travaillons avec quelque chose de vivant et les choses peuvent parfois changer très rapidement. Mais c’est aussi ce qui rend le métier passionnant, même s’il est exigeant. On ne contrôle jamais totalement les conditions. On passe finalement son temps à s’adapter. C’est une partie du métier que les personnes extérieures au Greenkeeping ne voient pas forcément, et qui demande beaucoup d’expérience et d’observation.

Quel est le détail auquel vous accordez le plus d’importance et que les joueurs ne remarquent probablement jamais ?

La régularité. C’est probablement le détail le moins spectaculaire, mais l’un des plus importants. Que ce soit la hauteur de tonte, la vitesse des greens, la fermeté, l’humidité ou simplement la qualité de coupe, nous cherchons à avoir les conditions les plus homogènes possible. Si le joueur ne remarque rien, c’est finalement plutôt bon signe. Cela signifie que notre travail est réussi et qu’il peut se concentrer uniquement sur son jeu. C’est finalement assez représentatif de notre métier : plus notre travail est bien réalisé, moins il doit attirer l’attention.

À quoi ressemble une journée de travail pendant la Solheim Cup ?

Les journées commencent très tôt. Le briefing du matin se fait à 4h00 heure, donc le réveil se fait quelques minutes avant, vers 3h30. Ensuite, le travail est réparti entre les différentes équipes et nous partons sur le terrain pour avoir terminé l’ensemble des tâches aux alentours de 8 heures du matin. Ensuite, la journée de compétition débute et nous reprenons le travail dans l’après-midi et également dans la soirée, derrière les joueuses, afin de préparer à nouveau le terrain pour que tout soit en ordre le lendemain matin. C’est un rythme intense, avec beaucoup de concentration, mais l’ambiance dans l’équipe est vraiment particulière. Tout le monde sait pourquoi il est là et travaille avec le même objectif : offrir les meilleures conditions possibles aux joueuses.

Quel a été votre moment le plus marquant depuis votre arrivée à Bernardus pour la Solheim Cup ?

Probablement le fait d’arriver sur le site et de voir toute l’organisation qui se met en place, mais aussi la qualité et la quantité de travail qui ont été réalisées par l’équipe de Greenkeepers du Bernardus. Quand on travaille habituellement dans son propre club, on connaît parfaitement son équipe, son parcours et ses habitudes. Ici, on arrive dans une équipe internationale avec des Greenkeepers venant de différents horizons, mais tout le monde partage la même passion. C’est très enrichissant de voir comment chacun apporte son expérience et ses compétences pour préparer le parcours. C’est aussi une belle illustration de la richesse de notre métier et de l’importance des échanges entre professionnels.

Que ressentez-vous lorsque vous voyez les joueuses entrer sur un parcours que vous avez contribué à préparer ?

Il y a forcément une certaine fierté. On sait tout le travail qui a été réalisé en amont et, pendant quelques instants, on voit le résultat de tout ce travail.

Si vous deviez retenir une seule image de cette Solheim Cup, laquelle serait-elle ?

Je pense que ce serait une image du parcours au petit matin, quand le soleil se lève, avant l’arrivée des joueuses et des spectateurs. C’est un moment assez particulier. Le parcours est parfaitement préparé, tout est calme, mais on sait que quelques heures plus tard, il y aura des milliers de personnes et certaines des meilleures joueuses du monde qui vont jouer ici. C’est probablement à ce moment-là que l’on réalise vraiment l’ampleur de l’événement et la chance que nous avons de pouvoir y contribuer en tant que Greenkeepers.

Recommanderiez-vous cette expérience à d’autres Greenkeepers belges ?

Oui, sans hésitation. Je pense que c’est particulièrement important pour les Greenkeepers belges, car nous n’avons pas aujourd’hui de véritable cursus scolaire dédiée spécifiquement au Greenkeeping en Belgique. Les expériences de terrain et les échanges avec d’autres professionnels sont donc essentiels pour continuer à se former et à progresser. Pouvoir participer à des compétitions européennes ou internationales permet de découvrir les meilleurs niveaux de préparation et d’entretien des parcours, d’apprendre de nouvelles méthodes et surtout de confronter ses propres pratiques à celles de professionnels venant d’autres pays. Pour moi, ce type d’expérience est une véritable formation professionnelle. C’est aussi une excellente manière de faire évoluer notre métier et de renforcer le niveau du Greenkeeping en Belgique.

Si vous pouviez dire une chose aux golfeurs qui jouent sur un parcours entretenu par des Greenkeepers, que leur diriez-vous ?

Prenez quelques secondes pour regarder autour de vous et pensez à tout ce qui se passe avant votre arrivée. Un parcours de golf n’est pas simplement « là ». Il est vivant et il demande une attention quotidienne. Derrière chaque green, chaque fairway et chaque bunker, il y a une équipe de personnes qui travaille toute l’année pour vous permettre de jouer dans les meilleures conditions. Et surtout, respectez le parcours : relevez vos pitchs, replacez vos divots, ratissez votre bunker et respectez les zones de jeu. Ces petits gestes font une vraie différence pour le travail des Greenkeepers et pour la qualité du parcours. Je pense que c’est aussi une manière simple de reconnaître le travail de toutes ces personnes qui œuvrent souvent dans l’ombre pour que les golfeurs puissent profiter pleinement de leur parcours.

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